skip-to-main-content
Section précédente 5. Thérapie thrombolytique en phase aiguë Prochaine section 7. Prise en charge précoce des patients pour lesquels une craniotomie est envisagée
Prise en charge de l’AVC en phase aiguë

6. Traitement antiplaquettaire en phase aiguë

6e édition, MISE À JOUR juin 2018


Recommandations
  1. Les patients ayant subi un AVC aigu qui ne prennent pas déjà des antiplaquettaires et qui ne reçoivent pas le traitement à l’altéplase devraient tous recevoir immédiatement une dose de charge d’au moins 160 mg d’acide acétylsalicylique (AAS), et ce, aussitôt que l’imagerie cérébrale a exclu une hémorragie intracrânienne et que le dépistage de la dysphagie a été effectué et réussi [niveau de preuve A].
    1. Le traitement à l’AAS (81 à 325 mg/j) doit être poursuivi indéfiniment ou jusqu’à ce qu’un autre traitement antithrombotique soit amorcé [niveau de preuve A]. Pour plus de précisions sur le traitement antithrombotique, veuillez consulter les sections 6 et 7 du module sur la prévention de l’AVC des Recommandations.
  2. Dans le cas des patients ayant subi un AIT à risque très élevé (veuillez consulter l’encadré 6A ci-dessous et à la section 2.1 pour la détermination des patients à risque très élevé ou selon les critères d’un score ABCD2 de l’essai POINT supérieur à 4) ou des patients ayant subi un AVC mineur d’origine non cardioembolique (NIHSS 0-3), il faut administrer une association de clopidogrel et d’AAS pendant 21 à 30 jours, puis continuer le traitement par une monothérapie antiplaquettaire (comme l’AAS utilisée seule ou le clopidogrel utilisé seul) [niveau de preuve A]. La dose minimale de charge au début du traitement doit être, dans le cas du clopidogrel, de 300 mg (ce qui était la posologie de l’essai CHANCE) à 600 mg (ce qui était la posologie de l’essai POINT), auquel s’ajoute 160 mg d’AAS [Niveau de preuve A]. 9, 57
    1. Il faut amorcer le traitement antiplaquettaire à double modalité aussi vite que possible après l’imagerie du cerveau, dans les 24 heures du début des symptômes, et idéalement dans les 12 heures.
    2. Il faut amorcer ce traitement antiplaquettaire à double modalité avant l’obtention du congé du patient du service des urgences.
    3. Il convient d’aviser les patients que le traitement antiplaquettaire à double modalité (par clopidogrel et aspirine) ne doit durer que 21 à 30 jours. Les patients doivent recommencer la monothérapie après la fin du traitement à double modalité, et poursuivre celle-ci indéfiniment.
  3. Chez les patients traités avec un activateur du plasminogène tissulaire (altéplase), l’administration d’agents antiplaquettaires devrait être remise jusqu’à ce qu’une TDM effectuée 24 heures après la thrombolyse ait exclu la présence d’hémorragie intracrânienne [niveau de preuve B].
  4. L’AAS (80 mg par jour) et le clopidogrel (75 mg par jour) peuvent être administrés par tube nasogastrique chez les patients dysphagiques. L’AAS peut aussi leur être administré par suppositoire (325 mg par jour) [niveau de preuve A].
  5. Pour les patients pédiatriques, un traitement initial par anticoagulants (héparine) ou aspirine à la dose pédiatrique établie devrait être envisagé et poursuivi jusqu’à ce qu’on ait pu exclure une dissection de l’artère cervicale et un thrombus intracardiaque. Si aucun des deux n’est présent, il faut passer à un traitement aigu à l’aspirine à une dose de 1 à 5 mg/kg [niveau de preuve B].

Pour plus de précisions sur l’utilisation d’agents antithrombotiques hors de la phase aiguë, voir les sections 6 et 7 du module « Prévention secondaire de l’AVC » des Recommandations.

Considérations cliniques

  1. Le spécialiste interventionnel ou le chirurgien doivent participer à la détermination du calendrier de prise et à la sélection du ou des agents antiplaquettaires dans le cas des patients ayant subi un AIT à risque très élevé ou un AVC ischémique mineur lié à une sténose grave de la carotide interne et qui sont des candidats pour une intervention urgente d’endartériectomie carotidienne ou de pose d’une endoprothèse carotidienne. La monothérapie par l’aspirine (plutôt que le traitement antiplaquettaire à double modalité) est indiquée dans certaines circonstances si une endartériectomie carotidienne est planifiée de manière urgente, et ce, afin de réduire le risque de saignement périopératoire.
  2. Dans le cas des patients recevant un traitement antiplaquettaire à double modalité, on peut envisager une protection gastro-intestinale si le patient a un risque supérieur de saignements gastro-intestinaux [dans l’essai POINT qui mettait l’accent sur un traitement de 90 jours, l’incidence de saignements extra-crâniens était de 0,9 % dans le groupe du traitement antiplaquettaire à double modalité et de 0,4 % dans le groupe de monothéraphie; dans l’essai CHANCE qui mettait l’accent sur un traitement de 21 jours, l’incidence de saignements extra-crâniens était de 0,3 % dans le groupe du traitement antiplaquettaire à double modalité et de 0,3 % dans le groupe de monothérapie.]

ENCADRÉ 6A : Risque TRÈS ÉLEVÉ d’AVC récidivant

La version définitive de cet article a été publiée dans l’International Journal of Stroke par SAGE Publications Ltd. © World Stroke Organization, 2018.

Justification +-

Un traitement à l’aspirine en phase aiguë réduit le risque d’une récidive précoce de l’AVC ischémique. Un traitement de longue durée à l’aspirine réduit le risque d’AVC ischémique, d’infarctus du myocarde et de décès d’origine vasculaire. Il n’existe que très peu de données d’essais cliniques randomisés appuyant l’utilisation d’autres schémas posologiques d’antiplaquettaires pour les patients qui ont subi un AVC en phase aiguë. Dans les essais cliniques portant sur l’altéplase, les médicaments antithrombotiques (dont l’aspirine) ont été évités jusqu’à ce qu’une TDM effectuée 24 heures après la thrombolyse ait exclu une hémorragie intracrânienne.

Exigences pour le système +-
  1. L’élaboration et la diffusion des protocoles et des modèles d’ordonnance pour orienter la prise en charge initiale des patients victimes d’un AVC ischémique ou d’un AIT.
  2. Les campagnes de sensibilisation et d’éducation sur les cas pédiatriques visant les professionnels de la santé pour optimiser la reconnaissance et la prise en charge de l’AVC.
Indicateurs de rendement +-
  1. Proportion des patients avec AVC ischémique ou AIT recevant un traitement aigu à l’aspirine durant les 48 premières heures après le début des symptômes (prioritaire).
  2. Délai médian entre l’arrivée à l’hôpital du patient ayant fait un AVC et l’administration de la première dose d’aspirine à l’hôpital.
Notes relatives à la mesure des indicateurs
  1. La mesure du délai devrait débuter au triage ou à l’admission du patient à l’hôpital (le premier des deux prévalant) et se terminer lorsque la première dose est administrée.
  2. L’indicateur vise le traitement à l’aspirine. Certains centres de soins peuvent également inclure d’autres médicaments antiplaquettaires, dont le clopidogrel et l’association AAS-dipyridamole à libération prolongée. Si un agent autre que l’aspirine est utilisé durant les 48 premières heures, cela doit être noté dans la définition de l’indicateur.
  3. Sources de données possibles : antécédents et examen physique, notes du médecin et du personnel infirmier à l’admission, dossiers des médicaments.
Sommaire des données probantes +-

Tableaux de données probantes et liste de référence

Aspirin therapy, provided acutely following ischemic stroke, is known to reduce the risk of recurrent (ischemic) stroke. In an updated Cochrane review, Sandercock et al. (2014) identified 8 RCTs (n=41,483 patients) that compared a single oral antiplatelet agent (aspirin, n=3 or ticlopidine, n=2) or a combination of antiplatelet agents (aspirin + dipyridamole and/or heparin, n=2) with control (placebo or no treatment). In 8/10 trials, therapy was initiated within one week following stroke. The dose of aspirin ranged from 160-325 mg/day and treatment duration ranged from 5 days to 3 months following stroke. Two large trials testing aspirin, started within 48 hours of stroke onset, contributed 98% of the data (CAST 1997, IST 1997). Antiplatelet therapy was associated with a significant reduction in the odds of being dead or dependent at final follow-up (OR= 0.95, 95% CI 0.91 to 0.99, p= 0.01). Treatment was also associated with a marginally significant reduction in death during treatment (OR= 0.92, 95% CI 0.85 to 1.00, p=0.05 and a significant reduction in the odds of death at a final follow-up (OR=0.92, 95% CI 0.87 to 0.99, p=0.01). Although antiplatelet therapy was associated with a significant increase in the odds of intracerebral hemorrhage (OR=1.23, 95% CI 1.00 to 1.50, p=0.04), a net reduction was reported in the odds of any stroke recurrence (i.e., ischemic or hemorrhagic; OR=0.88, 95% CI 0.80 to 0.97). For every 1,000 people treated with aspirin, 13 fewer people would avoid death or dependency, 9 fewer would avoid death and 7 fewer would avoid a recurrent stroke. The results from a patient-level meta-analysis using 3 RCTs, (Rothwell et al. 2016) suggest that the greatest reduction in early stroke recurrence associated with aspirin monotherapy is among patients presenting with mild or moderately disabling stroke. Aspirin therapy was not associated with a significant reduction in stroke recurrence among those with a severe stroke.

There is some evidence to suggest that dual antiplatelet therapy, provided in the early post-stroke period may help to reduce the risk of recurrent stroke. Greengage et al. (2012) included the results from 12 trials assessing various combinations and doses of other antiplatelet agents, in addition to aspirin. Based on the results from all trials, dual therapy was associated with significantly reduced risks of recurrent stroke (RR=0.67, 95% CI 0.49-0.93, p=0.02), composite of stroke, MI and vascular death (RR= 0.75; 95% CI, 0.56 – 0.99, p=0.04), without significant increases in ICH or major bleeding events. In contrast, the results of the TARDIS trial (Bath et al. 2017) suggest that triple antiplatelet therapy with aspirin, dipyridamole and clopidogrel, does not significantly reduce the risk of recurrent stroke, but does increase the risk of bleeding events.

Clopidogrel is indicated for acute management of ischemic stroke in patients who are not tolerant of aspirin. Two major trials, published within the previous 5 years, both with short-term outcomes, were positive. The most recent one, the Platelet-Oriented Inhibition in New TIA & Minor Ischemic Stroke (POINT) Trial (Johnston et al. 2018), enrolled 4,881 patients with recent (within previous 12 hours) minor stroke or TIA from centres located mainly in the United States. Patients were randomized to receive 81 mg aspirin + 75 mg clopidogrel or aspirin + placebo, for 90 days. The risk of ischemic stroke was significantly lower in the clopidogrel group (4.6% vs. 6.3%; HR=0.72, 95% CI 0.56–0.92, p= 0.01), although the risk of major hemorrhage was significantly increased (0.9% vs. 0.4%, HR=2.32, 95% CI 1.10–4.87, p= 0.02). The authors estimated that for every 1,000 patients treated with clopidogrel plus aspirin for 90 days, 15 ischemic strokes would be prevented but 5 major hemorrhages would result. Another positive trial was the Clopidogrel in High-Risk Patients with Acute Nondisabling Cerebrovascular Events (CHANCE) trial, in which investigators randomized 5,170 patients from China with recent minor ischemic stroke (within previous 24 hours) or high-risk TIA to receive clopidogrel (75 mg/day) plus low-dose ASA (75 mg/day) or clopidogrel placebo plus aspirin for 90 days (Wang et al. 2013). Significantly fewer patients in the clopidogrel + aspirin group experienced a stroke within 90 days (Any stroke: 8.2% vs. 11.7%, HR=0.68, 95% CI 0.0.57-0.81, p<0.001) or an MI, stroke or vascular death stroke (8.4% vs. 11.9%, HR=0.69, 95% CI 0.58- 0.82, p<0.001). There was no difference in (any) bleeding events between groups (2.3% vs. 1.6%, p=0.09). In the Fast Assessment of Stroke and TIA to prevent Stroke Recurrence (FASTER) trial (Kennedy et al. 2007), randomized 392 patients presenting with minor stroke or TIA to receive clopidogrel or placebo and simvastatin or placebo within 24 hours of the qualifying event. In the antiplatelet arm of the trial, there were non-significant reductions in the risks of recurrent stroke (7.1% vs. 10.8%, RR=0.7, 95% CI 0.3-1.2, p=0.19) and the composite secondary outcome, which included myocardial infarction and death, associated with clopidogrel use. Clopidogrel use was associated with a significant 3% increase in risk (p=0.03) for symptomatic bleeding events.After thrombolysis, a portion of patients may develop reocclusion, which has been attributed to increased platelet aggregation. Therefore, antiplatelet therapy early after alteplase was thought to potentially reduce the risk of reocclusion and thereby improve functional outcome. However, the results from The Antiplatelet Therapy in Combination with rt-PA Thrombolysis in Ischemic Stroke (ARTIS) Trial suggest that treatment may be associated with harm. Zinkstok & Roos (2012) randomized 640 patients to receive 300 mg of aspirin intravenously within 90 minutes of alteplase treatment or standard treatment (no aspirin). At the three-month follow-up, although there was no difference between groups in the odds of a good outcome, defined as mRS score of 0-2 (54% vs. 57.2%, OR=0.91, 95% CI 0.66 to 1.26), the risk of symptomatic ICH was significantly higher among patients in the early aspirin group (RR=2.78, 95% CI 1.01 to 7.63, p=0.04).

The addition of dipyridamole to both aspirin and clopidogrel (i.e., triple antiplatelet therapy) to prevent recurrent events within 90 days was found to be associated with increased bleeding events in the TRADIS trial (Bath et al. 2018), compared with standard antiplatelet therapy using one or two agents. There was no significant difference between groups in the incidence or severity of stroke or TIA. The trial was stopped prematurely due to futility and safety concerns.

Controversy exists regarding the use of antiplatelets in the hyperacute management of pediatric patients following stroke. The Royal College of Physicians and the American Heart Association pediatric stroke guidelines both recommend the use of aspirin unless there is a known dissection or cardiac clot, in which case low molecular weight heparin is recommend (Pediatric Stroke Working Group, 2004; Roach et al. 2008) . Conversely, the American College of Chest Physicians guidelines (Monagle et al. 2012) suggests supportive care over anticoagulation or aspirin therapy in the absence of a documented, ongoing cardioembolic source. For neonates with a first ischemic stroke with a documented cardioembolic source, anticoagulation with UFH or LMWH is recommended.

Ressources AVC